Pourquoi tant de femmes pensent-elles être de mauvaises mères après la naissance ?
« Je devrais être heureuse.»
« Les autres semblent y arriver. »
« Pourquoi est-ce que je perds patience ? »
« Pourquoi ai-je parfois envie de partir très loin ? »
« Une bonne mère ne penserait pas cela. »
Après une naissance, de nombreuses femmes interprètent leur fatigue, leurs doutes ou leur ambivalence comme la preuve qu’elles sont de mauvaises mères. Pourtant, ce sentiment parle souvent moins de leurs capacités parentales que des conditions dans lesquelles elles doivent devenir mères : manque de sommeil, isolement, injonctions contradictoires, absence de relais et idéal impossible de la mère parfaite.
Se sentir mauvaise mère ne signifie pas que l’on en est une. Ce sentiment apparaît souvent lorsque la réalité du post-partum se heurte à des attentes irréalistes : aimer immédiatement chaque instant, savoir instinctivement quoi faire, rester disponible, patiente et reconnaissante malgré la fatigue. Il peut aussi signaler un épuisement ou une souffrance psychique. La réponse n’est alors pas davantage de culpabilité, mais du repos, du soutien, de l’écoute et, si nécessaire, l’aide d’un professionnel.
« J’ai cru que j’étais une mauvaise mère. J’étais simplement épuisée. »
Il est trois heures du matin.
Le bébé pleure à nouveau.
La mère a dormi par fragments depuis plusieurs jours. Son corps lui fait mal. Elle ne sait plus si le bébé a faim, besoin d’être changé, besoin d’être porté ou simplement besoin de pleurer dans ses bras.
Elle essaie de rester calme.
Puis une pensée apparaît : « Je n’en peux plus. »
Quelques secondes plus tard, une autre la frappe : « Quelle mère pense cela de son propre bébé ? »
Le lendemain, elle voit sur les réseaux sociaux une femme souriante, maquillée, tenant paisiblement son nouveau-né dans une maison parfaitement rangée.
Elle ne voit ni les réveils nocturnes, ni les pleurs, ni la personne qui a peut-être pris la photo, ni ce qui s’est passé cinq minutes après.
Elle voit seulement une mère qui semble y arriver.
Et elle se juge.
Le sentiment d’être une mauvaise mère se construit souvent ainsi : dans l’écart entre ce que l’on vit et ce que l’on croit que les autres vivent.

Se sentir mauvaise mère : de quoi parle-t-on exactement ?
La culpabilité maternelle désigne le sentiment de ne pas être à la hauteur des besoins de son enfant ou des attentes associées au rôle de mère.
Elle peut concerner presque tous les domaines :
- ne pas avoir ressenti immédiatement un amour absolu ;
- ne pas aimer chaque moment du post-partum ;
- donner le sein ou ne pas le donner ;
- arrêter l’allaitement plus tôt que prévu ;
- avoir besoin de poser son bébé ;
- souhaiter reprendre le travail ;
- ne pas souhaiter reprendre le travail ;
- demander de l’aide ;
- ne pas réussir à jouer ;
- perdre patience ;
- ressentir de l’ennui ;
- regretter certains aspects de sa vie d’avant ;
- éprouver du soulagement lorsque quelqu’un d’autre prend le relais.
La culpabilité peut parfois inviter à réfléchir à une situation ou à réparer un comportement.
Mais lorsqu’elle devient permanente, disproportionnée et envahissante, elle cesse d’être un repère utile. Elle enferme la mère dans l’idée qu’elle constitue elle-même le problème.
Or, très souvent, le problème se trouve aussi autour d’elle.
La mère parfaite n’existe pas, mais elle continue de peser sur les femmes
La société semble avoir modernisé son discours sur la parentalité.
On dit aux mères qu’elles sont libres de leurs choix.
Mais cette liberté est souvent accompagnée d’une obligation implicite : faire le choix parfait.
Il faudrait idéalement :
- vivre une grossesse épanouie ;
- se préparer sérieusement à la naissance ;
- accoucher selon son projet ;
- créer immédiatement un lien intense avec le bébé ;
- choisir le bon mode d’alimentation ;
- répondre rapidement aux pleurs ;
- stimuler l’enfant sans le surstimuler ;
- protéger le couple ;
- préserver sa santé mentale ;
- rester disponible pour ses proches ;
- reprendre une activité professionnelle ;
- prendre soin de soi ;
- ne pas trop se plaindre ;
- et savourer chaque instant parce que « cela passe si vite ».
Chaque décision devient alors un test de maternité.
Lorsqu’un bébé pleure, la mère se demande ce qu’elle a mal fait.
Lorsqu’elle est épuisée, elle se reproche de ne pas être assez organisée.
Lorsqu’elle ressent de l’ambivalence, elle pense manquer d’amour.
Mais personne ne peut répondre parfaitement, chaque jour et chaque nuit, aux besoins d’un nouveau-né tout en récupérant physiquement d’une grossesse et d’un accouchement.

Pourquoi la naissance peut-elle fragiliser la confiance en soi ?
1. Parce que le post-partum place les femmes en situation d’apprentissage permanent
Un nouveau-né ne fournit pas de mode d’emploi.
Chaque bébé a son rythme, son tempérament et sa manière d’exprimer ses besoins.
Les parents apprennent progressivement à reconnaître certains signaux. Cet apprentissage comporte forcément :
- des essais ;
- des erreurs ;
- des incompréhensions ;
- des ajustements ;
- des moments d’impuissance.
Pourtant, la maternité est encore souvent présentée comme un savoir instinctif.
Cette croyance peut être particulièrement violente.
Si une mère pense qu’elle devrait naturellement savoir quoi faire, chaque hésitation devient la preuve qu’il lui manquerait quelque chose d’essentiel.
Or, ne pas savoir immédiatement ne signifie pas être incapable.
Cela signifie que la relation est en train de se construire.
2. Parce que le manque de sommeil modifie profondément le vécu quotidien
Le manque de sommeil ne provoque pas seulement de la fatigue.
Il peut réduire la patience, la capacité de concentration, la mémoire, la tolérance au bruit et la capacité à prendre des décisions.
Dans ces conditions, des gestes ordinaires deviennent difficiles :
- préparer un repas ;
- répondre à un message ;
- se souvenir d’un rendez-vous ;
- supporter des pleurs prolongés ;
- choisir entre plusieurs conseils ;
- expliquer encore une fois ce dont on a besoin.
Une mère épuisée peut se sentir irritable, désorganisée ou émotionnellement débordée.
Cela ne dit rien de la profondeur de son amour.
Cela dit quelque chose de son niveau de fatigue.
3. Parce que le corps et l’identité sont bouleversés
Après l’accouchement, le corps peut être douloureux, marqué, fatigué ou difficile à reconnaître.
Dans le même temps, la femme doit intégrer une nouvelle identité : celle de mère.
Cette transformation, appelée matrescence, concerne à la fois :
- le corps ;
- les émotions ;
- la perception de soi ;
- le couple ;
- la vie sociale ;
- la sexualité ;
- la carrière ;
- les relations avec sa propre famille.
La matrescence n’est pas nécessairement une crise.
Mais elle peut créer un sentiment de perte de repères.
Une femme peut aimer son enfant et ne pas encore savoir comment habiter sa nouvelle vie.
4. Parce que la maternité réelle ne ressemble pas toujours à la maternité imaginée
Avant la naissance, on peut imaginer :
- un bébé calme ;
- une rencontre immédiate ;
- un allaitement fluide ;
- un couple renforcé ;
- des promenades paisibles ;
- une profonde sensation d’accomplissement.
La réalité peut être très différente :
- un accouchement difficile ;
- une séparation médicale ;
- des douleurs ;
- un bébé qui pleure beaucoup ;
- des difficultés d’alimentation ;
- un sentiment de vide ;
- des conflits conjugaux ;
- une solitude inattendue.
Le deuil de la maternité imaginée peut alors se transformer en accusation contre soi :
« Si ce n’est pas comme je l’avais imaginé, c’est peut-être parce que je ne suis pas faite pour être mère. »
Mais le décalage entre l’imaginaire et la réalité ne prouve aucune incapacité.
Il révèle seulement que la maternité est plus complexe que le récit que l’on en fait.
5. Parce que les conseils contradictoires fragilisent la confiance
« Ne le prends pas trop dans les bras. »
« Un bébé doit être porté autant qu’il le demande. »
« Il faut instaurer un rythme. »
« Il faut suivre le rythme du bébé. »
« Fais-toi confiance. »
« Tu devrais demander l’avis d’un professionnel. »
Les jeunes parents sont exposés à une quantité considérable d’informations.
Celles-ci peuvent provenir :
- de la maternité ;
- des proches ;
- des professionnels ;
- des livres ;
- des réseaux sociaux ;
- des applications ;
- des forums.
Lorsque les recommandations se contredisent, la mère ne se sent pas nécessairement mieux informée.
Elle peut se sentir incapable de décider.
Chaque difficulté devient alors l’occasion pour l’entourage d’interroger ses choix, ce qui peut encore affaiblir sa confiance.
6. Parce que l’aide proposée ne correspond pas toujours aux besoins
« Dis-moi si tu as besoin de quelque chose. »
Cette phrase semble généreuse.
Mais elle laisse à la mère épuisée la responsabilité de :
- reconnaître son besoin ;
- décider de l’aide appropriée ;
- identifier la bonne personne ;
- formuler une demande ;
- coordonner son intervention ;
- éventuellement supporter un refus.
Une aide réellement soutenante est souvent plus concrète :
- « Je t’apporte un repas mardi. »
- « Je peux récupérer l’aîné à l’école. »
- « Je lance une lessive avant de partir. »
- « Je garde le bébé une heure pendant que tu dors, si tu le souhaites. »
- « Je peux t’accompagner à ton rendez-vous. »
- « Je ne viens pas aujourd’hui afin que tu puisses te reposer. »
Le manque de soutien est trop souvent transformé en défaut individuel d’organisation.

Une mère peut-elle regretter sa vie d’avant ?
Oui.
Regretter certains aspects de sa vie d’avant ne signifie pas regretter son enfant.
Une mère peut regretter :
- sa liberté de mouvement ;
- ses nuits ;
- son ancien corps ;
- son travail ;
- sa spontanéité ;
- ses relations ;
- son intimité ;
- le temps dont elle disposait ;
- la personne qu’elle était auparavant.
Elle peut également aimer profondément son bébé.
Ces émotions peuvent coexister.
L’ambivalence n’est pas le contraire de l’amour.
Elle en accompagne parfois les transformations les plus profondes.
Interdire aux femmes d’exprimer cette ambivalence ne la fait pas disparaître. Cela les oblige simplement à la vivre seules.
Une mère peut-elle avoir besoin de s’éloigner de son bébé ?
Oui.
Avoir besoin de dormir, de marcher, de travailler, de voir une amie ou de rester seule ne signifie pas abandonner son enfant.
La proximité constante n’est pas la seule preuve d’attachement.
Un parent a aussi besoin de récupérer, de respirer et de rester une personne distincte de son bébé.
Confier temporairement son enfant à une personne de confiance peut permettre de retrouver davantage de disponibilité émotionnelle.
Le besoin de relais ne constitue pas un échec parental.
Il rappelle qu’aucun être humain n’est conçu pour prendre soin d’un bébé vingt-quatre heures sur vingt-quatre sans soutien.
Être une mère suffisamment bonne plutôt qu’une mère parfaite
Le concept de « mère suffisamment bonne », développé par le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, ne décrit pas une mère médiocre ou peu investie.
Il désigne une mère qui répond globalement aux besoins de son enfant, sans pouvoir ni devoir le faire parfaitement à chaque instant.
Une relation sécurisante n’est pas une relation sans erreur.
Elle se construit aussi grâce aux ajustements et aux réparations :
- ne pas comprendre immédiatement ;
- essayer une réponse ;
- constater qu’elle ne convient pas ;
- recommencer autrement ;
- revenir après avoir perdu patience ;
- reconnaître ce qui s’est passé ;
- demander du soutien.
Ce qui nourrit la relation n’est pas la perfection.
C’est la capacité à rester en lien, à s’ajuster et à réparer.
« Je suis une mauvaise mère » : que cache parfois cette phrase ?
Cette phrase peut vouloir dire :
- « Je suis épuisée. »
- « Je suis seule. »
- « J’ai peur de mal faire. »
- « Je ne me reconnais plus. »
- « Je ne reçois aucune validation. »
- « J’ai vécu un accouchement difficile. »
- « Mon bébé pleure et je ne sais plus quoi faire. »
- « Tout le monde attend quelque chose de moi. »
- « Je n’ai pas le droit d’exprimer ce que je ressens. »
- « J’ai besoin d’aide. »
Répondre simplement « mais non, tu es une super maman » ne suffit pas toujours.
Cela peut même interrompre la parole.
Une réponse plus ajustée serait : « Qu’est-ce qui te fait penser cela ? »
Puis : « De quoi aurais-tu besoin pour que cette journée soit un peu moins difficile ? »

Quand la culpabilité peut-elle signaler une souffrance psychique ?
Les doutes et les émotions contradictoires sont fréquents après une naissance.
Mais une culpabilité intense et persistante peut aussi faire partie d’une dépression ou d’un trouble anxieux du post-partum.
Dans l’Enquête nationale périnatale 2021, 16,7 % des femmes ayant répondu au questionnaire présentaient des symptômes compatibles avec une dépression du post-partum deux mois après l’accouchement. L’anxiété concernait 27,6 % des répondantes et 5,4 % rapportaient des idées suicidaires. Ces résultats montrent l’importance du repérage et de l’accès aux soins, sans permettre de poser un diagnostic individuel à partir d’un article.
La Haute Autorité de santé considère le repérage, le diagnostic et la prise en charge des troubles psychiques pendant la grossesse et jusqu’à un an après la naissance comme un enjeu majeur de santé publique.
Il est important de consulter lorsque la mère ressent notamment :
- une tristesse persistante ;
- une perte d’intérêt ou de plaisir ;
- une anxiété envahissante ;
- une culpabilité très intense ;
- un sentiment durable d’incapacité ;
- une difficulté majeure à fonctionner au quotidien ;
- une impression de déconnexion ;
- des pensées inquiétantes ;
- des idées de mort ou de suicide.
Les soins existent et la dépression du post-partum peut être prise en charge. Le site public des 1 000 premiers jours rappelle également que l’épuisement, la déprime, la tristesse, l’anxiété et la culpabilité peuvent nécessiter un accompagnement, notamment lorsque ces manifestations persistent ou s’intensifient.
En cas d’idées suicidaires ou de peur de passer à l’acte, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept en France. En cas de danger immédiat, il faut contacter le 15 ou le 112.
Comment sortir progressivement du sentiment d’être une mauvaise mère ?
1. Remplacer le jugement par une question
Au lieu de se demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
On peut essayer : « Qu’est-ce qui rend cette situation si difficile aujourd’hui ? »
La réponse peut être :
- je n’ai pas dormi ;
- j’ai mal ;
- je suis seule ;
- mon bébé pleure beaucoup ;
- j’ai peur ;
- je reçois trop de conseils ;
- personne ne prend le relais ;
- mon accouchement continue de m’envahir.
Cette reformulation ne résout pas tout.
Mais elle déplace le problème de l’identité vers les besoins.
2. Distinguer les faits des accusations
Un fait : « J’ai élevé la voix lorsque le bébé pleurait. »
Une accusation : « Je suis une mauvaise mère. »
Le fait peut être reconnu, compris et réparé.
L’accusation enferme toute l’identité de la mère dans un moment difficile.
On peut dire : « J’étais dépassée. Je vais poser le bébé en sécurité, prendre quelques minutes, demander du relais et revenir plus disponible. »
Reconnaître ses limites est plus protecteur que prétendre ne jamais en avoir.
3. Réduire l’exposition aux comparaisons
Les réseaux sociaux peuvent offrir du soutien.
Ils peuvent aussi présenter une maternité lissée et fragmentaire.
Lorsque certains comptes augmentent la culpabilité, il est légitime de :
- les masquer ;
- se désabonner ;
- limiter son temps d’écran ;
- privilégier des contenus réalistes et documentés ;
- se rappeler qu’une image ne montre jamais toute la journée.
Une mère n’a pas besoin d’utiliser son peu d’énergie disponible pour se comparer à une mise en scène.
4. Demander une aide concrète
La demande peut être très précise :
- apporter un repas ;
- prendre le relais pendant une heure ;
- accompagner à un rendez-vous ;
- gérer les courses ;
- s’occuper d’un aîné ;
- filtrer les visites ;
- appeler un professionnel ;
- rester simplement présente.
Demander de l’aide ne prouve pas que l’on ne sait pas être mère.
Cela reconnaît que la parentalité nécessite un environnement soutenant.
5. Parler à quelqu’un qui n’a pas besoin d’être rassuré
Il est parfois difficile de se confier à un proche qui répond immédiatement :
- « Mais tu as tout pour être heureuse. »
- « Toutes les mères passent par là. »
- « Tu t’inquiètes trop. »
- « Profite, cela passe vite. »
Une mère peut avoir besoin d’une personne capable d’entendre :
« Je n’aime pas ce que je vis en ce moment. »
Sans conclure qu’elle n’aime pas son enfant.
Cette écoute peut être proposée par un proche, une sage-femme, un médecin, un psychologue, une structure de Protection maternelle et infantile ou une autre personne formée à l’accompagnement périnatal.
Comment les proches peuvent-ils soutenir une mère qui doute ?
Les proches ne peuvent pas supprimer toutes les difficultés.
Mais ils peuvent éviter de renforcer la culpabilité.
À éviter
- « Tu devrais profiter davantage. »
- « Moi, à ton âge, je faisais tout toute seule. »
- « Il va sentir ton stress. »
- « Tu l’habitues trop aux bras. »
- « Il faut bien que tu apprennes à t’organiser. »
- « Tu voulais un enfant, pourtant. »
À privilégier
- « Ce que tu vis semble très difficile. »
- « Tu n’as pas besoin de faire semblant avec moi. »
- « Qu’est-ce qui te soulagerait aujourd’hui ? »
- « Je peux prendre en charge cela. »
- « Nous pouvons chercher de l’aide ensemble. »
- « Tu ne dois pas attendre d’aller plus mal pour consulter. »

Comment les professionnelles peuvent-elles accompagner sans renforcer la culpabilité ?
Une professionnelle peut involontairement renforcer le sentiment d’échec lorsqu’elle :
- donne des conseils sans écouter la réalité familiale ;
- impose une norme unique ;
- minimise la fatigue ;
- attribue chaque difficulté au comportement de la mère ;
- utilise des formulations culpabilisantes ;
- présente une méthode comme la seule bonne solution ;
- ne repère pas une souffrance psychique.
Accompagner nécessite au contraire de :
- partir du vécu réel de la personne ;
- écouter avant de conseiller ;
- distinguer information et injonction ;
- respecter les choix éclairés ;
- soutenir l’autonomie ;
- connaître les limites de son rôle ;
- repérer les signaux préoccupants ;
- orienter vers les professionnels compétents.
Les recommandations de la Haute Autorité de santé soulignent l’importance d’un accompagnement personnalisé, coordonné et régulièrement réévalué pendant la grossesse et le post-partum, notamment lorsque des vulnérabilités apparaissent.
Quelle est la place d’une doula face à la culpabilité maternelle ?
Une doula peut proposer un espace non médical dans lequel la mère n’a pas besoin de performer.
Elle peut notamment :
- accueillir la parole sans banaliser ;
- aider à identifier les besoins ;
- soutenir l’organisation du quotidien ;
- faciliter la mobilisation de l’entourage ;
- transmettre des informations générales ;
- valoriser les ressources déjà présentes ;
- contribuer à rompre l’isolement ;
- orienter vers un professionnel de santé lorsque la situation le nécessite.
La doula ne pose pas de diagnostic et ne traite pas les troubles psychiques.
Son rôle n’est pas de convaincre la mère qu’elle va bien.
Il est de l’écouter suffisamment pour reconnaître lorsqu’elle ne va pas bien et l’aider à ne pas rester seule.
À retenir :
- Se sentir mauvaise mère ne signifie pas en être une.
- La culpabilité maternelle est souvent renforcée par la fatigue, la solitude, les comparaisons et des attentes irréalistes.
- Aimer son enfant peut coexister avec l’ambivalence, l’ennui, la colère ou le regret de certains aspects de sa vie d’avant.
- Une relation sécurisante ne demande pas une réponse parfaite à chaque instant, mais des ajustements et des réparations.
- Une culpabilité intense et persistante peut être le signe d’un épuisement ou d’une souffrance psychique nécessitant un accompagnement.
- Soutenir une mère consiste moins à lui dire quoi faire qu’à écouter ce qu’elle vit et à l’aider concrètement.
👀 Le regard d’Envol & Matrescence
Chez Envol & Matrescence, nous refusons de réduire les difficultés maternelles à un manque de confiance, d’organisation ou de volonté.
Lorsqu’une femme dit qu’elle se sent mauvaise mère, nous devons entendre ce qui se cache derrière cette phrase : parfois de la fatigue, de la solitude, une naissance difficile, un manque de relais ou une souffrance psychique.
Materner la mère, ce n’est pas lui expliquer comment devenir parfaite. C’est lui permettre d’être humaine, vulnérable, ambivalente et soutenue sans que chaque difficulté devienne une faute personnelle.
Du soutien bienveillant à l’accompagnement professionnel
Les mots peuvent réparer.
Mais ils peuvent aussi culpabiliser, minimiser ou enfermer.
Accompagner le post-partum exige donc davantage qu’une bonne intention.
Les doulas et les professionnelles doivent apprendre à :
- accueillir l’ambivalence sans la dramatiser ;
- reconnaître une fatigue qui dépasse les capacités d’adaptation ;
- différencier un besoin de soutien d’une situation nécessitant des soins ;
- interroger leurs propres représentations de la « bonne mère » ;
- ne pas projeter leurs choix personnels ;
- travailler en complémentarité avec les professionnels de santé ;
- soutenir sans rendre dépendante ;
- orienter sans abandonner.
C’est précisément l’ambition du Parcours 1 – Materner la mère proposé par Envol & Matrescence.
Cette spécialisation s’adresse aux doulas et aux professionnelles souhaitant approfondir leur compréhension du post-partum et développer une posture plus ajustée face aux réalités maternelles.
Vous accompagnez des femmes et des familles après la naissance ?
Découvrez le Parcours 1 – Materner la mère pour approfondir votre posture, vos connaissances et vos outils d’accompagnement postnatal.
Recevez nos prochains articles, ressources et réflexions sur le post-partum, la matrescence et l’accompagnement des familles en vous inscrivant à La Lettre de Sandrine, cliquez ici !
De nombreuses mères doutent de leurs capacités après la naissance, notamment lorsqu’elles sont épuisées, isolées ou confrontées à des conseils contradictoires. Ce sentiment ne prouve pas qu’elles sont de mauvaises mères. Il peut toutefois devenir préoccupant lorsqu’il est intense, permanent ou accompagné de tristesse, d’anxiété, de désespoir ou d’idées noires.
Oui. Aimer son enfant ne signifie pas apprécier chaque tétée, chaque pleur ou chaque nuit interrompue. La parentalité comprend des moments de joie, mais aussi de fatigue, d’ennui, de frustration et d’impuissance. Ces émotions ne définissent pas la qualité du lien avec le bébé.
Oui. Une mère peut aimer profondément son enfant tout en regrettant son sommeil, sa liberté, son ancien corps, sa vie professionnelle ou sa spontanéité. Ces sentiments ne sont pas incompatibles. Ils font souvent partie de l’adaptation identitaire liée à la matrescence.
Il peut être utile d’identifier le besoin caché derrière la culpabilité : sommeil, relais, information, écoute ou soins. Il est également possible de limiter les comparaisons, de distinguer un comportement ponctuel de son identité entière et de parler à une personne qui peut écouter sans juger. Une culpabilité envahissante mérite un avis professionnel.
La culpabilité peut exister sans dépression. En revanche, une culpabilité intense et persistante peut faire partie d’un trouble dépressif, surtout si elle s’accompagne de tristesse, de perte d’intérêt, d’anxiété, de désespoir ou de difficultés importantes à fonctionner. Seul un professionnel de santé peut évaluer la situation et poser un diagnostic.
Il est possible de s’adresser à une sage-femme, un médecin, un psychologue, un psychiatre, une structure de Protection maternelle et infantile ou un service spécialisé en périnatalité. Une doula peut proposer un soutien complémentaire non médical, mais elle ne remplace pas une consultation ni une prise en charge psychologique ou psychiatrique.
Il est préférable de ne pas répondre immédiatement qu’elle est une excellente mère. Demandez-lui plutôt ce qui lui fait penser cela, écoutez sans minimiser et proposez une aide concrète. Si elle exprime une grande détresse, un désespoir, des idées noires ou une peur de se faire du mal, aidez-la à contacter rapidement un professionnel ou les urgences.
CONCLUSION
Beaucoup de femmes pensent être de mauvaises mères parce qu’elles essaient de répondre à des attentes auxquelles aucun être humain ne pourrait répondre durablement.
Elles devraient savoir instinctivement.
Elles devraient rester patientes.
Elles devraient tout aimer.
Elles devraient tout gérer.
Elles devraient demander de l’aide, mais sans déranger.
Elles devraient prendre soin d’elles, sans jamais faire passer leurs besoins avant ceux du bébé.
Alors, lorsqu’elles craquent, elles pensent que le problème vient d’elles.
Mais une mère épuisée n’est pas une mauvaise mère.
Une mère qui doute n’est pas une mauvaise mère.
Une mère qui demande un relais n’est pas une mauvaise mère.
Une mère qui n’aime pas chaque instant n’est pas une mauvaise mère.
Elle est une personne qui traverse une transformation immense et qui mérite autre chose qu’un jugement supplémentaire.
Elle mérite que quelqu’un lui demande :
« Et toi, comment vas-tu vraiment ? »


